Probablement que c'est cela alors: il faut au moins se sentir à l'aise, en confiance, pour composer devant quelqu'un.
J'ai toujours bloqué à l'idée de jouer ou bien de chanter sérieusement devant quelqu'un. Parfois j'hésite, mais le fais quand meme, pas vraiment sérieusement. Parfois je dis clairement que je ne
me sens pas "prete". Parfois meme, on ne m'entend pas.
Plus j'avance dans le temps, plus je tente de mettre ma pudeur de coté. C'est pas facile car, quand on chante, peu importe les paroles, c'est une part de nous qu'on montre. Pas toujours notre
identité sous son meilleur jour, mais un bout de notre identité quand meme: ridicule, peinée, joyeuse, envieuse, en colère, moqueuse, menteuse, ignorante, bisounours, stupide, folle, pathétique,
endolorie. Qu'importe, toujours une miette de qui nous sommes à un instant précis, au-delà des apparences, au-delà de ce que nous aimerions croire. Alors, quand on sait ça, c'est pas facile de
chanter devant quelqu'un. Je ne parle pas de la crainte de chanter mal, faux, pas comme il faut, pas assez fort ou de se sentir nul vis-à-vis d'une personne présente. Je ne parle pas de ce
malaise là. Celui-ci est parfaitement normal et commun à tout le monde.
Je pense à tout ce qu'il y a au-dessus de ces doutes-ci. Je parle de quand la voix est au point ou qu'elle ne l'est pas mais qu'on s'en fout. Je parle de quand on prend conscience qu'on donne à
l'autre un accès illimité à qui nous sommes vraiment, profondément, intimement, jusque dans les recoins les plus pathétiques, jusque dans les recoins les plus sombres, jusque dans les recoins les
plus droles.
Avant, je ne chantais que très rarement devant l'Autre (et encore moins devant les autres). Et, si je le faisais, je ne donnais pas entièrement de ma personne. Je n'ai jamais vraiment su
pourquoi, mais aujourd'hui je sais: je ne me sentais pas en confiance avec l'Autre. Quand je dis en confiance, je ne veux pas dire que je craignais la moquerie ou la critique, ce n'est pas ça.
Mais seulement que mon inconscient devait sentir que je n'étais pas en compagnie de personnes de confiance. Je crois qu'il a toujours su me guider à ce niveau-là. C'était important, et ça l'est
toujours: s'entourer de personnes en qui nous pouvons avoir confiance, qui nous sont fidèles dans les meilleurs moments, dans les pires, dans l'amour, l'amitié ou la haine, des
compagnons, des véritables alliés. Oui, finalement, pas quelqu'un qui nous témoigne par mille formules sympas ou gnangnans qu'elle tient à nous, mais quelqu'un qui nous le prouve en nouant avec
nous une relation sincère: ni d'intéret, ni uniquement d'amour, ni de jalousie, ni hypocrite, et j'en passe. Simplement une relation sincère, rien derrière le dos: ni mensonges, ni coups de
couteau, ni saloperies racontées et/ou inventées.
Je crois que je n'ai jamais pu chanter l'ame ouverte et sans au moins une ou deux barrières devant des personnes de ce type-là. Cependant, je n'en avais pas toujours conscience. Car je suis la
reine des "secondes chances" dans mes relations. Finalement, je regrette parfois, pour l'aspect humain. Mais artistiquement, je n'ai rien donné de trop "profond" à ces gens-là, sans que cela ne
soit calculé. Oui, ni vrais passages de mes écrits, ni vraies mélodies, ni aucune de mes compositions musicales. Ouf.
Cela fait des mois et des mois que tu m'entends chanter et gratouiller, meme des chansons pas franchement travaillées.
Cela fait quelques semaines que tu entends mes compos... achevées ou non, je te les chante, parfois en hésitant, parfois en rigolant, mais je le fais quand meme. Qu'importe ce que tu diras. J'ai
beau avoir eu droit à quelques critiques positives et négatives (les moins cools!), cela ne m'empeche pas de continuer à chanter devant toi. Qu'importe les fausses notes, les tests et tests et
encore tests. Je savais que j'avais beau m'ouvrir à toi, rien de ce à quoi je te donnais accès serait un jour utilisée contre moi (c'est bien connu: chez le commun des mortels, ça se
passe comme ça => tant que je suis avec toi, que je t'aime (pas trop sinon c'est la merde) et que tout se passe bien, je te soutiens; le jour où ça se complique un peu entre nous, j'utilise
ces choses contre toi et je crache mon venin).
Cela fait des jours que tu m'entends travailler et re-travailler le titre que j'ai décidé de reprendre pour mon audition. J'en suis qu'au tout début, et je ne rechigne pourtant pas à tenter des
choses devant toi: changer les accords, changer de rythmique, changer de tempo, de style, de hauteur. Jouer en boucle un passage difficile de la chanson, jusqu'à ce que la voix soit clean,
jusqu'à ce que cela rende bien.
Il y avait cette confiance en ta personne qui me permettait cet open soul. Je me donnais, continuellement, entièrement à toi. Les entraves qui peuvent exister entre deux personnes, je
n'en voulais pas avec toi. Mon inconscient me le soufflait surement très bien.
Puis aujourd'hui, j'ai repensé à un truc (on m'a fait repenser à un truc).
A l'instant j'ai pris ma gratte pour rejouer ce titre, j'ai pas réussi à sortir le moindre son. Je pouvais juste marmonner quelques petits trucs. J'ai posé ma guitare, un peu énervée. Je savais
ce que cela signifiait: là, à cet instant précis, tu étais redescendue au rang des autres, mon inconscient ne voulait pas que je joue devant toi, il ne te faisait pas confiance.
Heureusement, c'est à un instant précis.
Tu risques donc de m'entendre encore souvent massacrer des titres. Après tout, c'est mon avenir qui est en jeu...
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