Ecrire pour se souvenir, c'était le but -assez modeste- de cette page.
Face aux prouesses de la mémoire, mais surtout face à sa fragilité, j'espérais conserver des traces des choses à ne pas oublier. Il pouvait s'agir d'un seul mot, comme de tout un "roman": me
disant qu'à 40 ans, un seul mot suffirait à raviver toute une montagne de souvenirs; mais qu' une fois alzheimer en poche, même le plus précis des récits ne suffirait pas.
Mais j'avais négligé un détail: la parole, en public, est parsemée de mensonges. Parfois, elle est silence. Et, d'autres fois, elle est ponctuée par de nombreuses omissions ou déformations. Quand
j'écris, sur cette page, j'écris pour moi, mais je ne suis pas parvenue à oublier que j'avais des lecteurs. Et, je ne suis pas capable d'ouvrir les portes du coeur et de l'esprit à toute la
planète. Alors l'inconscient mettait des barrières. Cette page me servira sûrement plus à retenir ce fait là, plutôt que des événements de ma vie ainsi que des sentiments éprouvés: ceux-là
resteront vivants au fond de moi, je pense.
Ma page s'est donc très rapidement transformée, à mon insu, en un théâtre. Et je reste seule à savoir où est le vrai, où est le faux, où sont les silences, qui détient tel rôle. Le théâtre est
comédie, illusion, mensonge et, paradoxalement , vérité profonde, et réel.
Alors, ceux qui espèrent encore savoir comment je vais, en faisant un saut sur ma page, se plantent à moitié.... Vous n'avez ici que ce que les barrières ne m'empêchent pas de dire.
Le but de départ a été détourné...
Mes proches pensent que j'écris la nuit parce que cela sonne "écrivain", "artiste".
Pour moi, ça sonne surtout "insomniaque", mais peu importe. Le plus important, si on peut dire ça comme ça, c'est que mon insomnie me permet d'écrire mieux.
J'ai toujours dit que la fatigue extrême agissait (en tout cas sur moi) comme au moins 4-5 verres de vin blanc (sans la tête qui tourne) ou bien un peu de drogue; et que le mouvement littéraire m'inspirant le plus était le surréalisme.
Je n'ai jamais cherché à prendre exemple sur ce mouvement.
Je ne sais plus pourquoi je dis ça. Oui, j'en étais à: écrire mieux. Produire davantage de vérité, écrire davantage sur le réel (interne et subjectif), avancer au-delà des barrières du langage, de l'esthétique, des règles et, surtout, pénétrer involontairement l'autre scène*... tout simplement parce que la nuit, la fatigue extrême et la solitude permettent d'ouvrir la porte si souvent close entre la conscience et l'inconscient. J'ai tendance à dire que c'est douloureux, mais que c'est une souffrance nécessaire à la production artistique. Quand je dis "nécessaire", je ne dis pas que je vais la chercher, volontairement, dans le but d'écrire. Simplement, ça arrive, malgré moi, parce qu'on a en soi des noirceurs qui sommeillent, des cendres qui n'attendent que la sublimation, que c'est probablement nécessaire (au sens où cela ne peut pas être autrement) pour rester en "bonne" santé mentale.
En fait, je n'arrive pas à dormir, mais je ne sais pas pourquoi. C'est simplement quand je fais trop souvent à la suite l'expérience de l'insomnie que je sais pourquoi je ne parviens pas à dormir: je le sais parce que ça fait des mois que j'écris sur tout sauf sur ça, comme si la clé avait été bien gardée, comme si je butais contre le vide et même comme si ça n'existait tout simplement pas (ça s'appelle le déni, j'essayerai de penser à mettre un jour en ligne mon article à ce sujet). Mais à un moment donné, trouver la clé devient primordial, et quand tu la trouves, c'est libérateur et destructeur à la fois.
Je suis fatiguée là, donc mes propos me paraîtront brumeux demain - ils me paraissent déjà confus. En fait, tout ça pour dire: insomnie car noirceurs. Mais noirceurs ignorées (enfin, dans une certaine mesure, car tout le monde ici sait que je suis fana d'introspection). Noirceurs enfin en évidence après trop de nuits d'insomnie. Mais à présent que c'est en évidence, ça empêche de dormir. Et ça continue comme ça jusqu'à ce qu'on accepte de s'y confronter vraiment. Puis après on écrit un joli texte et on essaye d'aller dormir. Avant, en fait, on écrit un article sur son blog, comme si c'était intéressant. On se dit qu'on écrit l'article pour "se souvenir", parce que c'est un des buts de cette page. On travaillera le style du texte demain, c'est pas très important. Bonne nuit.
*Quand j'étais plus jeune, je considérais que ce que Freud nommait "l'inconscient" était comme notre "arrière-boutique". Ce n'est que plus tard que j'ai appris qu'il disait "autre scène". C'est quand même plus joli que ma petite "arrière-boutique"!
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