Ecrire pour se souvenir, c'était le but -assez modeste- de cette page.
Face aux prouesses de la mémoire, mais surtout face à sa fragilité, j'espérais conserver des traces des choses à ne pas oublier. Il pouvait s'agir d'un seul mot, comme de tout un "roman": me
disant qu'à 40 ans, un seul mot suffirait à raviver toute une montagne de souvenirs; mais qu' une fois alzheimer en poche, même le plus précis des récits ne suffirait pas.
Mais j'avais négligé un détail: la parole, en public, est parsemée de mensonges. Parfois, elle est silence. Et, d'autres fois, elle est ponctuée par de nombreuses omissions ou déformations. Quand
j'écris, sur cette page, j'écris pour moi, mais je ne suis pas parvenue à oublier que j'avais des lecteurs. Et, je ne suis pas capable d'ouvrir les portes du coeur et de l'esprit à toute la
planète. Alors l'inconscient mettait des barrières. Cette page me servira sûrement plus à retenir ce fait là, plutôt que des événements de ma vie ainsi que des sentiments éprouvés: ceux-là
resteront vivants au fond de moi, je pense.
Ma page s'est donc très rapidement transformée, à mon insu, en un théâtre. Et je reste seule à savoir où est le vrai, où est le faux, où sont les silences, qui détient tel rôle. Le théâtre est
comédie, illusion, mensonge et, paradoxalement , vérité profonde, et réel.
Alors, ceux qui espèrent encore savoir comment je vais, en faisant un saut sur ma page, se plantent à moitié.... Vous n'avez ici que ce que les barrières ne m'empêchent pas de dire.
Le but de départ a été détourné...
Toujours inintéressant. Encore un article "pour moi", pour m'en souvenir. Pour garder une trace (car se perdrait dans mes 497 brouillons de mails).
C'est drôle, mais depuis que j'enseigne, je vis des retours à l'adolescence en permanence. Je dois dire qu'il y a de quoi devenir dépressif.
Au début, les élèves en étaient la cause. Quand je les voyais, quand je leur donnais cours, quand je discutais avec eux; mon inconscient devait éprouver l'adolescence, au point d'en rêver, ou même d'avoir parfois le sentiment de croiser, dans la rue, les versions adolescentes de mes amis de lycée. Je sais que cela peut paraître fou. Je ne sais pas si je suis nostalgique du lycée. Je ne crois pas. J'ai simplement fait de très belles rencontres. Et, j'ai fini par me dire que ce qui me faisait mal, c'était qu'en voyant mes élèves, je prenais conscience de tous les sentiers douloureux que j'avais parcourus... que je n'étais plus innocente, plus en bon état, que j'étais déjà vieille et, surtout, qu'à 16 ans, je n'avais jamais imaginé qu'il soit possible d'éprouver une souffrance qui ravage, qui donne envie de changer de nom, qui endort la raison, qui vous enferme dans le noir à vie: parce qu'on n'en revient jamais véritablement.
Après cette période, j'ai fini par faire ce que tout le monde fait: sortir de la déprime, ne plus y penser, comme si c'était résolu (d'ailleurs, comme si ne plus penser à une chose prouvait qu'on l'avait résolue! Ha!). Je n'étais plus déprimée après les (parfois très bons) moments passés avec mes élèves. Puis, par hasard, j'ai croisé en salle des profs une nana que j'ai connu en 1ère année de prépa (quand j'étais encore naïve): elle est prof de maths maintenant! Ca m'a fait plaisir de la croiser, même si on n'était pas spécialement amies. Elle avait l'air d'aller bien, toujours en forme, adulte maintenant. Elle avait même l'air quelque peu changée: un peu plus fatiguée, un brin de joie en moins dans le regard. Pourtant, toujours pétillante. Et toc, déprime repartie....
Puis, à nouveau, j'ai passé le cap. Puis, toujours évidemment, j'y suis revenue... Comment? Je reçois un mail du proviseur. Et, là, j'ai eu envie de parcourir la liste des autres destinataires, parce que je ne me souvenais plus tout à fait du nom de famille de la prof de maths. En parcourant la liste.... j'ai vu... un nom... inattendu. Je me suis dit: "Merde... pas possible... non ça doit pas être elle, c'est un nom de famille seulement, c'est peut-être quelqu'un d'autre". Mais ça m'a légèrement tracassée. Quelques jours plus tard, en salle des profs, me suis dit: "Tiens, et si tu vérifiais rapidement où est le casier de cette personne... pour voir son prénom". Comme dirait Orelsan: "MAUVAISE IDEE"! Tadam, en fait, son casier était à 2 pas du mien, et là, j'ai... SON prénom "Prénom Nom - Assistante d'éducation". Et voilà, c'est reparti pour la déprime lol. Encore quelqu'un que j'ai connu, jeune, et qui me plaisait beaucoup, mais je n'ai jamais été capable de le lui témoigner. Je devais avoir 18 ans. Depuis, j'espère ne pas la croiser: je crois que j'ai peur qu'elle ait trop changé (elle qui était gentille et bisounours); je crois que j'ai peur qu'elle remarque que j'ai changé, qu'elle me trouve blasée, qu'elle voit que je ne crois plus en l'amour et que, de fait, je le sente davantage. Par chance, comme elle n'est pas prof, j'ai assez peu de chances de la croiser en salle des profs... A suivre! Au pire, je mets ma capuche! Ah, zut, j'en ai pas.
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