Ecrire pour se souvenir, c'était le but -assez modeste- de cette page.
Face aux prouesses de la mémoire, mais surtout face à sa fragilité, j'espérais conserver des traces des choses à ne pas oublier. Il pouvait s'agir d'un seul mot, comme de tout un "roman": me
disant qu'à 40 ans, un seul mot suffirait à raviver toute une montagne de souvenirs; mais qu' une fois alzheimer en poche, même le plus précis des récits ne suffirait pas.
Mais j'avais négligé un détail: la parole, en public, est parsemée de mensonges. Parfois, elle est silence. Et, d'autres fois, elle est ponctuée par de nombreuses omissions ou déformations. Quand
j'écris, sur cette page, j'écris pour moi, mais je ne suis pas parvenue à oublier que j'avais des lecteurs. Et, je ne suis pas capable d'ouvrir les portes du coeur et de l'esprit à toute la
planète. Alors l'inconscient mettait des barrières. Cette page me servira sûrement plus à retenir ce fait là, plutôt que des événements de ma vie ainsi que des sentiments éprouvés: ceux-là
resteront vivants au fond de moi, je pense.
Ma page s'est donc très rapidement transformée, à mon insu, en un théâtre. Et je reste seule à savoir où est le vrai, où est le faux, où sont les silences, qui détient tel rôle. Le théâtre est
comédie, illusion, mensonge et, paradoxalement , vérité profonde, et réel.
Alors, ceux qui espèrent encore savoir comment je vais, en faisant un saut sur ma page, se plantent à moitié.... Vous n'avez ici que ce que les barrières ne m'empêchent pas de dire.
Le but de départ a été détourné...
Attention, article long racontant simplement un rêve (c'est mon truc du moment) assez peu intéressant, sauf pour moi.
C'était assez étrange.
J'étais en échange académique pour ma troisième année de doctorat (haha, ceux qui me connaissent savent que je n'y suis pas encore!). Sophie était présente également, mais sans jamais se manifester dans le rêve: sa présence était simplement évidente et surplombait l'environnement. C'était à la fois dans un futur proche et lointain - je vais y venir.
J'étais dans un centre commercial immense et j'attendais, devant Decathlon (oui, dans mon rêve, il y avait un Decathlon dans ce pays). Je ne sais pas ce que j'attendais, je n'attendais rien, mais j'attendais malgré tout: debout, jus de fruits à la main, alternant rêveries, observations minutieuses et réflexions. Je commençais à gigoter, j'en avais assez d'attendre. Je suis entrée dans Decathlon, j'ai reconnu ta démarche, ta tronche, ton allure globale: je suis sortie, pour que tu ne me vois pas, pour que nous n'ayons pas à nous croiser, pour que tu ne t'imagines pas que j'ai fait exprès. En sortant, j'ai croisé une dame qui a vu que je t'avais vue. Elle m'a dit que ton père travaillait à Decathlon, qu'il était tombé malade, et que depuis ce jour, tu avais perdu la boule: tu vivais sans cesse la même journée et oubliait la précédente (un peu comme dans Un jour sans fin mais sans la mémoire du jour précédent: bizarre hein, mais bon, c'est un rêve!). Alors, j'ai décidé de venir te voir: il y a des choses qui comptent bien plus que des rancoeurs stupides.
Ce qui est assez drôle, c'est notre capacité à construire des personnages dont les réactions sont profondément fidèles à la réalité, tandis que dans cette fidélité vont venir se blottir des incohérences fortes, des petits paradoxes: un peu comme si vous mangiez un plat épicé comprenant de petites zones ayant le goût d'une crème vanille.
Je suis donc venue te voir, tu t'es montrée d'emblée très agressive: tu m'as poussée, rejetée, comme si j'étais là pour te faire du mal ou te tuer. C'était assez fou. C'est assez fou. Au bout de quelques minutes, et sans prononcer de mots (la magie des rêves), j'ai réussi à te calmer et tu as pu "retrouver" tes esprits. Tu m'as expliqué que c'était plus simple d'oublier sans cesse la journée venant de s'écouler, car en cas d'épisode douloureux vécu, tu allais pouvoir non pas l'effacer mais le mettre de côté, et t'imaginer que tu l'avais oublié en commençant une journée nouvelle et vierge. J'adore les rêves, parce que c'est toujours sans queue ni tête.
Ensuite, on a été voir tes parents, qui n'habitaient plus en France, mais près de chez toi. Ta mère était (sérieusement) malade et avait pris 20 ans, ton père aussi. Ta mère faisait facilement 15 cm de plus que moi et elle s'est approchée pour me prendre dans ses bras, comme frappée d'amnésie ou plutôt comme si la maladie l'avait rendue plus clairvoyante concernant les priorités de la vie: tout à coup, il n'était plus important de savoir si nous nous étions appréciées ou pas; ce qui comptait, c'était la présence de deux humains dans une pièce, prêts à tout laisser de côté, pour aider l'autre à traverser une épreuve. Elle m'a dit: "Ah, la dernière fois qu'on s'est vu, c'était..." et j'ai juste dit: "Oui, c'était en...". Phrase pas terminée, ça semblait normal.
Puis, nous avons quitté tes parents et, dans la rue, je t'ai dit que les parents de Sophie habitaient ici aussi, mais dans un quartier bien plus éloigné. Tu ne m'as pas répondu, c'était comme si tu ne voulais pas le savoir. En quelque sorte, tu étais un peu flippante parfois, comme sourde.
Je ne sais plus tout à fait où nous allions, mais nous nous sommes rendues dans un building et nous étions tout à coup accompagnées de deux ou trois autres filles que nous connaissions - dans le rêve. Pour autant, c'était comme si elles n'existaient pas ou n'étaient pas vraiment là, c'était bizarre. Nous devions prendre l'ascenseur pour nous rendre au 80ème étage, je n'étais pas très partante... L'ascenseur était assez futuriste, le building aussi d'ailleurs, un peu comme si nous étions en 2020, 2030 ou bien 2040 (ce qui collerait assez avec l'âge de tes parents dans le rêve). Bref, c'était ça ou 80 étages à pieds.
Manque de pot, l'ascenseur se bloque au 60ème étage (environ). Le pire, c'est que non seulement il est bloqué, mais en plus les lumières s'éteignent. Mais le pire n'est pas passé, l'ascenseur "perd la raison" (!) et se met à descendre très vite, un peu comme s'il tombait. Une "pote" présente arrive à faire en sorte que cela s'arrête, les portes s'ouvrent et tentent de se refermer aussitôt. Par chance, j'avais trouvé le courage d'y glisser mes bras pour bloquer les portes et nous avons enfin pu trouver une issue. Pas grave s'il faut monter les 20 autres étages à pieds et tant pis si cela prend du temps. Bref, c'était effrayant.
Une fois sorties de l'ascenseur, je t'ai pris la main dans un élan de camaraderie et de soulagement. Nous marchions côte à côte puis, tout en gardant ta main, j'ai fraternellement posé mon bras sur tes épaules (vous remarquerez que cela est techniquement impossible dans la vie réelle, à moins d'être un playmobil, et encore!). Là, par contre, comme si c'était trop, tu m'as demandé de retirer mon bras et..... MON REVEIL A SONNEEEEEE tadam.
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